mercredi 29 août 2012

Traité de la Viole de Jean ROUSSEAU (1687) : de l'importance de l'archet, son bois et son crin...

Jean ROUSSEAU (1644 - 1699) est un gambiste et théoricien de la musique française.
Dans son "Traité de la Viole" il écrit "Le même petit Livret dit que pour l'Archet le bois doit être de la Chine et la monture de crin blanc, parce qu'il est plus doux que le noir ; mais il me semble que l'on met en usage plusieurs sortes d'autres bois pour faire des Archets, qui ne sont pas moins bons que le bois de la Chine: J'avoue que les Archets en sont plus propres, mais il ne faut pas en faire une nécessité, comme si absolument on ne pouvoit pas trouver d'autres bois pour faire des Archets ; car si cela étoit, et que l'on n'eut plus de commerce avec les Chinois, il faudroit donc abandonner la Viole. Au regard du crin, il est vrai que le blanc est le plus doux, et qu'il est fort propre pour le Dessus de Viole, mais pour les Basses, le crin noir est plus propre à tirer le Son que le blanc."


Nous sommes au 17eme siècle et le commerce avec la Chine semble déjà être un souci international. Les Portugais ont très vite compris ce problème et vont régner pendant très longtemps sur le négoce du bois provenant d'Inde, des îles et du Brésil.

Bien plus tard, André-Jacob ROUBO, menuisier et ébéniste, rédigera en 1774 un ouvrage intitulé "L'Art du menuisier" dont une partie du traité est consacré aux essences de bois.
Voici une définition du bois de Chine vu par ROUBO  :
« Chine, ou Serpentin, ou Lignum sinense ; en Hollandois, “Letterhout” ou “Bois de lettres”, à cause qu’on l’apporte marqué de lettres ou de marques que forment les taches dont il est couvert... D’une couleur rouge-brun, marqué de petites taches  brunes  et  plutôt  noirâtres . . .  sa  couleur  noircit  en vieillissant... On est presque sûr qu’il ne croît que dans le continent de la Guyane... Quelquefois le fond de ce bois est jaune ; mais dans l’un est l’autre cas, il ne vient guère qu’à 4 pouces  de diamètre. »


Pierre DETIENNE (CIRAD-Forêt / 2002) : Il s ’agit  bien  sûr  de  l ’amourette Brosimum guianense Huber.

Le même ROUBO écrivait, concernant les bois "Brésil" que semble évoquer Jean ROUSSEAU :
« Brésil : ce bois vient originairement du Brésil... Celui qu’on nomme “Brésil de Fernambouc” est le meilleur... Il y a encore le bois de Brésil proprement dit, celui de Lamon, de Sainte-Marthe et le Brésillet, qui croît aux Antilles et qui est le moins estimé de tous... Pour que ce bois soit bon il faut... que la couleur sur le bois de fil... devienne d’un rouge tirant un peu sur le jaune, et qu’il soit d’un goût un peu sucré. Il croît aussi
de ce bois aux Indes orientales, comme au Japon ; au royaume du Siam, sur la côte de Malabar, et dans les deux presqu’islesdu Gange... Il sert également à la Menuiserie et à la Teinture. »


Pierre DETIENNE (CIRAD-Forêt / 2002) : L'actuelle ville brésilienne de Recife, autrefois appelée Fernambouc, puis Pernambouc, aurait donné son nom (pernambouc )  au bois de couleur  braise typique de l ’espèce Guilandina echinata Spreng. (caesalpiniacées). On dit même que le nom du Brésil dériverait de la couleur rouge orangé de ce bois très recherché. Les bois moins prisés venant des Antilles auraient été produits par des espèces voisines de Guilandina : Caesalpinia brasiliensis L. (poussant à Haïti et non au Brésil) ,  Caesalpinia   bahamensis Lam. (Bahamas et Cuba), et peut-être aussi par Caesalpinia granadillo Pitt. de la côte vénézuélienne.
Le bois rouge identique venant d’Asie est le sapan (Caesalpinia sappan L.) qui aurait été connu en Europe durant le Moyen Âge.

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