mercredi 14 novembre 2012

Colophane, crins et archet : une histoire dans l'Histoire

La colophane (ou "rosine" ou "rosin" en anglais) est utilisée pour les instruments à cordes frottées. On la frotte sur la mèche des archets pour permettre la mise en vibration de la corde. Sans colophane, les crins glissent sur cette dernière, presque sans en tirer un son. Mais d'où vient son nom ?

Colophon ou Kolophốn, cité grecque très étendue de l' ancienne Ionie, englobait les sommets de trois collines. L’acropole s’élevait sur la colline sud-ouest, au-dessus du village moderne de Değirmendere. La ville descendait par des terrasses successives vers la vallée du Kavaklıdere, qui traversait la cité antique dans son axe nord-sud. La route actuelle qui mène à Değirmendere à la mer et à Notion, longe la pente nord de l’acropole et va rejoindre, au-delà des remparts, la vallée du Traça, en direction du sanctuaire de Claros et de la plage de Notion.

Importante ville de la confédération ionienne, Colophon subit la domination lydienne au VIIe siècle et, après la chute de Crésus en 546, celle des Perses. Englobée par Athènes dans la ligue de Délos, elle fut âprement disputée et récupérée par les Perses en 386. En 334, elle passe sous la domination macédonienne. En 302, ayant embrassé le parti d’Antigone, la ville fut prise d’assaut par Prépélaos, général de Lysimaque et sa population fut déportée à Ephèse. Une partie dut émigrer à Notion, qui prit le nom de Neocolophon. Les sanctuaires de la ville abandonnée continuèrent à fonctionner, mais leur importance décrut rapidement.
Colophon fut surtout prospère du VIe au IVe siècle avant J.C. Elle était célèbre par son luxe et son opulence, due surtout au commerce de la résine Kalophonia et à l’élevage de chevaux.

La colophane en quelques dates :

En 1550, Sebastian Munster, savant humaniste et cartographe, évoque le ramassage de la résine dans "Cosmographia Universalis" volume 1
En 1636, Marin Mersenne, dans sa thèse sur la lutherie "Harmonicarum libri", traite de l'archet idéal et donc du crin et de la colophane.
En 1629, Daniel Martin dans un ouvrage de traduction "Donatus italicus", évoque archet et colophane.
En 1677, le "Dictionarum novum..." definit le mot colophonia (on peut noter l'évocation de "poixrefine" qui ne peut etre confondu avec la paraffine").
En 1692, Jacques Rohault, dans son "Traité de Physique, volume 1", donne l'explication de l'utilité de la colophane (colophone - page 250) sur les crins de l'archet. Explications reprises en 1737 par Pierre BAYLE.



Si l'archet est en constante évolution depuis le 17eme siècle, la colophane, avec ses mille et une recettes de préparation, reste un élément primordial à l'obtention du son par le passage des crins sur les cordes de l'instrument.

(Sources : Google Livres - Gallica / BnF - Wikipedia - recherches personnelles)

A lire : Le crin des archets au 19eme siècle

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