mercredi 28 novembre 2012

L'archet des Lumières : un siècle de transformation

archet "baroque"
Le siècle des Lumières est un mouvement philosophique, culturel et scientifique d’intellectuels dans les pays de culture européenne au XVIIIe siècle. Certains historiens, en fonction de leur objet d'étude, privilégient une chronologie plus ou moins large, de 1670 à1820 ou bien de Louis XIV à la fin de la Révolution Française.
Cette fourchette historique correspond bien évidemment à une transition importante du genre musical, de la musique baroque vers la musique dite "classique". Cette profonde évolution appelle, d'une part, maîtres de musique, compositeurs et musiciens à étudier l'art du geste parfait et, d'autre part, luthiers et fabricants d'archets à repenser leurs instruments...

L'excellente étude de référence de Nelly POIDEVIN, Frédéric ABLITZER, Nicolas DAUCHEZ et Jean-Pierre DALMONT intitulée "Mécanique de l' Archet de violon : lien entre évolution et répertoire musical" démontre le processus qui va complètement transformer le design de l'archet.
"À la fin du XVIIIe siècle, les idéaux révolutionnaires et l’avènement de la bourgeoisie ont profondément modifié la vie musicale : le souci de démocratisation et l’intérêt croissant des classes moyennes pour la musique et l’éducation ont incité à la construction de vastes salles de concert, contraignant les instruments et les instrumentistes à développer une plus grande puissance sonore. L’essor de l’édition musicale en Europe a contribué à la diffusion de matériel didactique. Les méthodes de violon ont fleuri. Chacune voulant présenter le meilleur de la technique instrumentale, elles ont fait se côtoyer les écoles nationales. Ceci a abouti à une fusion des styles de jeu et de pédagogie. Cette uniformisation s’est confirmée dans l’enseignement prodigué au sein du Conservatoire de Paris, ouvert en 1795 dans le souci d’apporter une instruction libre et ouverte à tous."


archet "classique"
Le siècle des Lumières va également structurer un ensemble de phénomènes historiques et sociaux très divers : la franc-maçonnerie. Elle prodigue un enseignement ésotérique progressif à l'aide de symboles et de rituels. Elle encourage ses membres à œuvrer pour le progrès de l'humanité, tout en laissant à chacun de ses membres le soin de préciser à sa convenance le sens de ces mots. Sa vocation se veut universelle, bien que ses pratiques et ses modes d'organisation soient extrêmement variables selon les pays et les époques. Nombreux sont les musiciens à se joindre aux groupes d'études maçonniques et  à entrer en loge.
Comme le souligne Pierre-François PINAUD dans son livre "Les Musiciens francs-maçons au temps de Louis XVI", la musique est essentielle en franc-maçonnerie. "Sous le règne de Louis XVI, les musiciens francs-maçons, au nombre de 342, déployaient leurs talents en ville, dans des salons privés où se produisaient des orchestres soutenus par des mécènes, ducs ou fermiers généraux, eux-mêmes initiés, ou encore dans des sociétés de concert où venaient la Reine et parfois le Roi".
Certains luthiers, marchands de musique et fabricants d'archets de l'époque sont, de près ou de loin, proches des loges "musicales". On pourra ainsi noter l'apparition de symboles francs-maçons sur les hausses d'archets de fin 18eme siècle tels que le goupillage triple en forme de triangle ou bien encore la pastille de nacre (puis le cercle entourant la pastille).
Ces symboles renseignent sur le grade obtenu, au sein de sa loge, par le franc-maçon.

A voir ou à revoir - programme ARTE : "Les francs-maçons et la musique"


archet dit "modèle CRAMER"
En l'absence des écrits de François Xavier TOURTE lui-même ou de ses proches, FETIS et JB VUILLAUME font de cet archetier celui qui va définir la "standardisation" de l'archet. Mais peut on réellement et décemment attribuer à un seul homme les heures de recherches effectuées non seulement par son père et son frère aîné mais également par ses confrères ?
Car, de fin 17eme à début 19e siècle, l'archet est en constante évolution, non seulement par une écriture musicale différente mais également par les demandes spécifiques des musiciens.
La Société Française d'Etude du Dix-Huitième siècle (SFEDS) publie une excellente recherche dans sa publication n° 43 (2011) intitulée "Le monde sonore" : "Objet et prétexte à polémiques ou à débats, la musique est bien plus qu'un divertissement anodin tout juste capable de couvrir les babillages mondains, elle est au contraire au centre du mouvement des Lumières et occupe une place centrale dans la culture populaire comme dans celle des élites. La position des Encyclopédistes tentant d'unir le discours musical au propos philosophique, constitue un champ de recherche privilégié d'où émergent une nouvelle sensibilité et une nouvelle conception de l'existence. Dans une démarche volontairement ouverte sur des approches musicologiques, historiennes, littéraires et en cherchant à établir des « correspondances » entre elles, les contributions qui forment ce volume portent un regard renouvelé sur les usages, la réception et les pratiques de la musique. Venant compléter de manière originale la bibliographie déjà abondante concernant la musique au dix-huitième siècle, ces études contribueront à une meilleure définition d'une « image sonore » complexe et contrastée. Elles interrogeront tout autant le geste artistique que sa représentation et sa signification au sein d'une société en mutation."

 
archet "moderne"
Cette évolution musicale, tout au long de la période dite "des Lumières" va donner naissance à l'archet moderne. Dans le bulletin des Amis de l'Alto n° 27 de Décembre 2001, Bernard GAUDFROY, musicien-chercheur, écrit "qu'il y eu une évolution correspondant aux besoins des musiciens dont les capacités techniques augmentaient. Gain vers l'aigu du violon, très haut sur la corde de sol, et coups d'archet détachés de plus en plus complexes vers la pointe exigèrent une tenue du menton à gauche du cordier pour un meilleur développement du bras droit à l'aide d'un archet plus long".
A lire : "La Naissance de l'archet moderne par Bernard Gaudfroy"

A suivre...

(Sources contenues dans le texte à consulter en lien Internet + documents personnels)





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