jeudi 13 décembre 2012

Histoire de l'archet : définition de 1822

Trouvé dans le "Dictionaire technologique ou nouveau dictionnaire universel des Arts et Métiers..." Volume 2, de 1822, cette étonnante et précise définition de l'archet. On pourra y noter que TOURTE et LAFLEUR semblent être les références en fabrication de beaux et bons archets.
Au 21e siècle, rien (ou presque) n'a changé...
 
« ARCHET : C’est un petit instrument dont se servent les musiciens pour frotter les cordes du violon, de la quinte et de la basse, et les faire vibrer. Il est formé de quatre parties : la baguette, la hausse, la vis et le crin.
La tige ou baguette est faite en bois très dur, tel que celui du Brésil, de corail, de fer, de perdrix ; on préfère le premier, qui a la résistance  et l’élasticité convenables, sans être trop lourd. Cette tige se taille d’abord en baguette longue équarrie, dont le bois est de droit fil ; on l’arrondit ensuite en cylindre, ou plutôt, en long cône tronqué, en sorte qu’elle soit plus menue à la tête. On a eu soin de laisser à ce bout un petit tasseau qui s’élève d’environ deux centimètres le long de la tige, et fait corps avec elle, étant taillé dans le même morceau de bois. (V. fig. 3, pl. III des Arts mécaniques.)
La baguette a environ 7 décimètres de longueur et 8 millimètres d'épaisseur au milieu; celle de la quinte est un peu plus épaisse, et celle de la basse a jusqu'à un centimètre de diamètre. Ces dimensions varient au goût de l'artiste, et d'après la force des cordes qu'il doit attaquer. Le bout opposé à la tête est plus épais et façonné en prisme à 4 ou 6 pans, percé dans sa longueur d'un trou ou canal pour y faire entrer la vis; il l'est aussi latéralement d'une fenêtre qui communique avec ce canal pour recevoir l'écrou de la hausse.
La hausse est une petite planchette d'ébène de 3 à 4 centimètres de long sur 2 de large environ; l'un des bords porte un écrou qui y est vissé, saille à sa surface, et entre dans la fenêtre dont on vient de parler. Une vis de 5 à 6 centimètres de long a pour tête un petit cylindre d'os, d'ivoire, ou de métal, avec lequel elle fait corps. On conçoit que cette vis entre dans le canal, va mordre dans l'écrou de la hausse, la retient dressée debout perpendiculaire à la face de la baguette, et la fait avancer ou reculer à volonté, parce que cette tête prend son appui sur l'extrémité de la tige.
 

On ménage une petite fossette carrée sur la face de la tête, et sur celle de la hausse, pour y recevoir et retenir les deux bouts du crin. Celui-ci est un écheveau d'environ 150 brins d'égale longueur (à peu près 6 décimètres) ; on préfère les crins blancs: ceux de la queue du cheval ont seuls la longueur convenable.  Les brins ne doivent pas être mêlés ni entre-croisés. Après les avoir réunis en l'un de leurs bouts, on les lie fortement avec un fil, et on brûle ce qui dépasse, après l'avoir frotté de colophane. Il en résulte une crispation et une agglutination de substance qui forme une sorte de bouton plus gros que le calibre du nouet, et les brins ne peuvent plus glisser dans leur longueur pour en sortir. Lorsqu'on a fait un semblable nouet à l'autre bout, en ayant soin que les crins restent parallèles entre eux, et d'égales longueurs, il ne faut plus que les attacher d'un bout sur la hausse et de l'autre sur la tête. A cet effet on entre le nouet dans la fossette qu'on a ménagée, et on le force à y rester par un petit morceau de bois de grandeur convenable, taillé en biseau, et faisant l'office de coin. Lorsqu'on tourne la vis, l'écrou monte dans sa fenêtre, éloigne la hausse de la tête, et donne à l'écheveau de crins la tension qu'on désire ; ces petits coins de bois ont leurs biseaux opposés à la direction selon laquelle cette tension s'exerce, dans le sens de la longueur de l'archet. Le crin a dabord été frotté d'huile, et essuyé, pour en ôter les impuretés, puis savonné: comme, dans cet état, il serait trop gras pour frotter sur les cordes et en tirer des sons, on l'enduit de colophane en poudre chaque fois qu'on en veut faire usage.
 
Du reste, il y a un art particulier pour faire les archets, leur donner le poids convenable, les décorer d'ornements en nacre ou en métal, choisir le bois pour qu'il ne se déjette pas, etc. Souvent on voit des archets dressés au feu qui, par l'usage, se déforment au point de se fendre ou de se courber dans le sens latéral, défauts qui les font rebuter.
Ceux que Tourte exécute sont très estimés. Lafleur en fait aussi d'excellens. Les amateurs mettent un haut prix à cet instrument lorsqu'il remplit toutes les conditions désirées, et un bel archet se paie jusqu'à 150 francs. On doit avoir soin de détendre un peu le crin chaque fois qu'on ne se sert pas de l'archet, et alors la baguette ne doit pas être droite, mais légèrement cambrée dans le plan et tout le long du crin; cette courbure doit être telle qu'elle disparaisse quand on roidit le crin. On remarque qu'un archet qu'on laisse long-temps sans usage, perd peu à peu ses crins, qui se cassent vers leurs points de flexion, aux coins qui les retiennent dans les fossettes: en détendant l'archet, on retarde cet effet. Il est du reste bien aisé de remettre un écheveau de crin lorsque cela est devenu nécessaire. (V. fig. 3, pl. III des Arts mécaniques.) Fr. »
 
(Sources : Google Livres - recherches personnelles)

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