mercredi 28 août 2013

TOURTE et la Princesse de LAMBALLE | "si Versailles m'était conté"


Les recherches historiques sur les archets nous amènent parfois à d'étranges découvertes.

Ainsi, dans "L'anatomie des instruments de musique" d' Ernestine André van HASSELT (Georges BALAT, Editeur à Bruxelles - 1899), quelques lignes anecdotiques² consacrées à TOURTE (décrit comme "fils cadet" donc probablement François-Xavier) ont retenu notre attention :




..."C'est de l'Arabie que nous vinrent les premières modifications apportées à l'archet ; façonné comme un arc, il ne prit sa forme normale que vers le XVIe siècle. C'est en 1775 qu'un ouvrier habile, nommé Tourte*, natif de Paris, prit à cœur de fabriquer des archets d'une grande souplesse et d'un joli travail ; toutefois, la rénovation devait venir du fils cadet de Tourte. Celui-ci ne montrant aucun penchant pour la lutherie, fut placé chez un parent horloger. La réparation des horloges ouvrit au jeune homme les portes des salons de l'aristocratie française ; et il fut appelé à Versailles pour l'arrangement des pendules de Louis XVI ; il y rencontra l'aimable princesse de Lamballe, surnommée l'ange par son entourage : elle lui confia un bijou de famille dont le mécanisme réclamait des soins.
Marie Thérèse Louise de Savoie-Carignan
Princesse de Lamballe
L'heure de la Révolution vint à sonner ; la confidente de Marie-Antoinette partagea sa captivité. Tourte se rendait au temple pour rapporter la montre à sa propriétaire, lorsque, chemin faisant, il se trouve mêlé à la cohue du peuple en révolte. Tout à coup, ses yeux se fixèrent sur une pique surmontée d'une tête blonde et bouclée, admirablement belle. L'apprenti horloger jeta un cri et s'évanouit : il venait de reconnaitre la princesse de Lamballe. Le jeune homme demeura longtemps malade ; lorsqu'il revint à la vie, il renonça à l'horlogerie et conserva comme une relique la petite montre merveilleuse. Dès lors, il rentra dans l'atelier de son père et s'appliqua à perfectionner l'archet. Ses premiers essais furent faits avec du bois provenant de douves** et se vendirent 20 et 30 sous. Il ne tarda pas à reconnaitre que le bois de Fernambouc (du Brésil) seul réunissait les qualités voulues ; mais la beauté du bois, la supériorité du travail rendaient l'archet d'un prix élevé.
Tourte sciait lui-même les bûches pour obtenir le droit fil ; il fixa les dimensions de l'archet, donna un soin minutieux aux crins dont sa fille*** faisait le triage. Tourte mourut à 88 ans, Vuillaume, de Paris, lui succéda dans la fabrication de l'archet auquel la colophane donne le mordant nécessaire"...

Ernestine André van HASSELT est la fille d' André van HASSELT, poète belge.

² Pour info : Une anecdote ne privilégie pas particulièrement la vérité historique (peu de vérification) et est très souvent relatée. Mais l'anecdote est toujours proche d'une forme de vérité.

*Tourte Père donc probablement Nicolas Pierre TOURTE.
**Ces « essais » sont souvent authentifiés comme étant "Ecole de Tourte".
*** Félicité Marie Jeanne TOURTE  (1787 – 1840)
"Si Versailles m'était conté" (Royal Affairs in Versailles) : film de Sacha GUITRY - 1954

(Sources : Texte réimprimé à l'original en français provenant des collections de « University of Michigan Library » - wikipedia – Google Livres)

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