mercredi 20 novembre 2013

Exposition universelle de Paris : la musique, les instruments, les archets


"A  Alexandre DEBAIN.

A l'ouvrier ingénieux et intelligent qui sait se servir avec une égale habileté du rabot et de la lime, au facteur habile qui manie avec le même savoir l'équerre et le compas, à l'homme enfin qui résume en lui toutes les connaissances exigées dans l'art si compliqué de la facture instrumentale.

Paris, janvier 1868.
Louis-Adolphe le Doulcet Pontécoulant"


Louis Adolphe le Doulcet, comte de Pontécoulant  (1794 – 20 février 1882) est un militaire français et un  musicologue. Il est le fils de Louis Gustave le Doulcet, comte de Pontécoulant et le frère aîné de Philippe Gustave le Doulcet.

Soldat dans les armées de Napoléon 1er, il participe à l’invasion de la Russie et à la campagne de 1814 puis émigre au Brésil où il participe à la révolution avortée de Pernambuco (Pernambucan Revolt).
La révolution Pernambucana (Revolução Pernambucana en portugais), également appelée révolution des Pères (Revolução dos Padres) fut une révolte qui eut lieu en 1817, dans la capitainerie du Pernambouc, au Brésil. Elle eut ses raisons en réaction à l'absolutisme monarchique portugais, sous l'influence des idées des Lumières, propagées par les sociétés maçonniques.

Louis Adolphe le Doulcet a également organisé un contingent de volontaire français dans la Révolution belge de 1830 et fut blessé à Louvain.

Il passe le reste de sa vie à Paris dans l'étude de la musique ancienne et l'acoustique...


Voici ce que Louis Adolphe le Doulcet écrit dans "La musique à l'Exposition universelle de 1867" :

"La première idée d'une Exposition publique des divers produits d'une nation, n'est pas une idée gouvernementale ; elle est due, à ce qu'il paraît, à M. le marquis d'Avèze, qui fut administrateur de l'Opéra, quand il se nommait Théâtre des Arts. Ayant été placé, en 1797, comme commissaire, près des Manufactures de Sèvres, des Gobelins et de la Savonnerie, il s'aperçut, aussitôt son entrée en fonctions, de la détresse et de l'engourdissement dans lesquels étaient plongés ces établissements ; il projeta, dès lors, de les réveiller et d'exciter la vente des produits, par une exposition publique de ces industries nationales.

Son plan fut accepté par le gouvernement et ce fut le château de Saint-Cloud qui fut choisi comme emplacement de cette solennité. Toutes les salles furent converties en espèces de magasins, où se trouvaient étalés les produits les plus riches des manufactures de l'Etat. Dans la salle, dite Salon de Mars, au milieu de toutes les richesses, s'élevait une grande roue de fortune, contenant les billets de plusieurs tirages de loteries qui devaient se succéder ; mais, au moment d'ouvrir, arriva un contrordre émanant du Directoire. M. d'Avèze se trouvait compris dans le nouveau décret qui ordonnait à tous les nobles d'avoir à se retirer à trente lieues de Paris, sous peine de mort; il n'eut que le temps de fermer les portes, de requérir un poste pour en garder les issues.

La première tentative de l'Exposition resta donc comme non avenue : la seconde eut lieu rue de Varennes, n. 667, maison d'Orsay. Ce fut encore M. le marquis d'Avèze qui, rentré à Paris, en eut l'initiative. Cette Exposition, qui date des premiers jours de l'an VI, fut établie avec l'autorisation du gouvernement; c'était une espèce de Cercle littéraire, avec exposition d'objets d'art et de produits de l'industrie nationale, comme nous en voyons encore plusieurs aujourd'hui.

Voilà la souche d'où sont parties toutes les expositions régulièrement créées par l'Etat, depuis 1798, et que nous voyons à chaque époque devenir et plus riches en produits et plus nombreuses en exposants. Presque toutes les nations établirent chez elles de pareilles solennités ; mais ces expositions nationales ne suffirent pas à l'Angleterre qui, en 1851, appela toutes les nations à transporter chez elle leurs merveilles industrielles. La France suivit ce précédent et ouvrit, en 1855, les portes de son Palais de l'Industrie, au monde entier. Londres vit, en 1862, se renouveler ce congrès industriel, et le Champ-de-Mars, en 1867, fut le rendez-vous de tous les peuples, représentés chacun par leur industrie spéciale.

 Collection Montres Breguet S.A. © Montres Breguet S.A.
La Musique, peureuse d'abord, hésita longtemps à se montrer dans ces solennités : en 1798, on ne remarqua que deux horlogers, MM. Bréguet et Lemaire ; le premier produisit un chronomètre musical, et le second des pendules à jeux de flûtes et des boîtes à carillon.

A l'Exposition de 1801, la Musique, toujours timide, se tient encore sur la réserve; elle n'ose se produire matériellement et laisse à l'horloger Lemaire, l'honneur de la représenter encore, comme à l'exposition précédente, par des pendules à jeux de flûtes et ses boîtes à carillon, mais Olivier expose de la' musique imprimée avec des caractères mobiles. Il y a donc soixante-sept ans que l'on cherche à reproduire typographiquement la musique : malgré les perfectionnements que l'on a apportés à ce moyen de reproduction, il ne saurait être employé que pour les livres de chant lilhurgique et les méthodes destinées à l'enseignement populaire, parce que l'on tire alors à grand nombre : l'éditeur de musique ne saurait employer ce moyen, malgré son économie de tirage, parce que l'éditeur fait tirer lithographiquement, par petit nombre, à mesure de ses besoins, ce qui ne pourrait avoir lieu avec des caractères typographiques.

En 1802, MM. Olivier et Bouvier, exposèrent chacun des caractères mobiles et de la musique imprimée par leur procédé. Cependant, deux luthiers firent débuter la facture instrumentale, sur ce grand théâtre industriel, ce furent MM. Reisse, de Strasbourg, et Nicolas, de Mirecourt. La Musique n'étant alors regardée que comme un art futile, espèce de passe-temps, ils n'obtinrent aucune récompense; mais le premier pas était fait.

La seule Exposition qui eut lieu, sous l'Empire de Napoléon Ier, date de 1806; les instruments y furent représentés, dans chacune de leurs catégories, et presque tous les facteurs dont les produits furent signalés par M. Sarette, reçurent des récompenses. Le gouvernement d'alors avait à cœur d'encourager les petites industries. Il oubliait parfois les grandes, parce que ce ne sont pas elles qu'il est essentiel d'exciter : car, arrivées à cet état de grandes industries, elles se récompensent assez par elles mêmes. C'est l'inventeur isolé, le petit industriel, souvent délaissé, qu'il faut rechercher, qu'il faut soutenir; c'est surtout l'homme intelligent, dont l'imagination produit quelque chose de nouveau qu'il faut encourager et aider par tous les moyens.

Jusqu'à la Restauration, il exista dans les arts une sorte d'anarchie, à laquelle il ne leur était guère possible d'échapper, au milieu de toutes les ambitions industrielles, et du pêle-mêle des rivalités existantes entre les fabricants. Dans les arts comme dans la politique, le grand nombre des capacités est toujours une cause de désordre, tant que ces capacités ne peuvent se rapprocher, se connaître, s'apprécier réciproquement et fondre leurs prétentions individuelles dans un intérêt commun, où chacun puisse tirer profit du savoir des uns des autres. Chez nos voisins, les Allemands, l'art de la facture a marché pas à pas, avec lenteur, et les secousses qui lui ont été imprimées, par la hardiesse de quelque génie supérieur, n'ont rien eu de désordonné, parce que les inventeurs y ont apparu successivement, et que les derniers venus ont toujours apporté des sentiments de respect, pour les travaux qui les avaient précédés. En France, les talents ont devancé les doctrines; le goût musical, longtemps comprimé, s'est répandu violemment, jusque dans les derniers rangs de la société: aveugle soumission à une puissance inconnue, bien plus que le résultat social d'un besoin bien évident. Comme toutes les jouissances qui viennent de la tête et non du cœur, ce nouvel état intellectuel de la France, y a produit insensiblement un certain malaise ; à force de se distraire sans être touché, chacun s'est fait une habitude d'entendre des notes, sans en comprendre la pensée, puis s'est demandé, un beau jour, pourquoi il n'avait rien compris. Il y eut, pendant ce moment, un certain tohu-bohu dans la facture instrumentale, chacun tirait de son côté, chacun produisait des instruments prétendus nouveaux, et sans consulter les besoins de ce public musicien; mais enfin les doctrines s'établirent, l'éducation harmonique commença à s'inculquer dans les masses, les artistes se rassemblèrent pour former une école, qui présenta des idées arrêtées et un but vers lequel on devait tendre.

Puis, vinrent les Expositions de 1819 et suivantes : les facteurs purent se rencontrer, ils pressentirent ce qu'il y avait à faire ; la presse musicale prêcha la concorde à tous et démasqua l'égoïsme de quelques-uns; mais le fruit de ses leçons n'aurait pas sitôt mûri, si les facteurs raisonnables et dévoués surtout aux vrais intérêts de l'art, n'avaient pas fait abnégation de toutes leurs prétentions. La facture instrumentale est entrée alors dans la voie du progrès par suite de la communication réciproque des idées, des projets et des essais.

Ne croyez pas, que depuis les temps anciens, nous ayons fait de grands progrès dans la facture des instruments de musique et dans leurs qualités sonores. Les anciens connaissaient comme nous trois classes d'instruments : instruments à vent, instruments à cordes et instruments bruyants, les moyens d'exécution étaient basés sur les mêmes principes" .../... suite ici
 
(Sources : wikipedia - Google livres - La Cote des Montres - BNF - recherches internes)

 

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