mercredi 19 février 2014

Petite histoire d'archet autour de Madame Adelaïde


Marie Adélaïde de France, dite « Madame Adélaïde » - puis à partir de 1752, "Madame" - quatrième fille et sixième enfants de Louis XV et de Marie Leszczyńska, est née le 23 mars 1732 à Versailles et morte le 27 février 1800 à Trieste.
Dotée d'un caractère vif, elle sut s'imposer comme un véritable chef de famille auprès de ses sœurs.
Alors que l'une d'entre elles, Madame Victoire, apprend le clavecin, l'orgue et la basse de viole, Madame Adelaïde devient rapidement une virtuose du violon :

"L'orchestre du petit bal était composé d'un seul violon et dirigé par M. Chazote, gouverneur du jeune comte de Chastellux. Il paraît qu'il n'était pas habile, et que Collinet ne l'aurait pas pris pour second. Il estropiait inhumainement les airs les plus connus, tels que la monaco, les deux coqs, et autres nouveautés. Un jour la dissonance se fit tellement sentir à l'oreille fort exercée de madame Adélaïde que, s'élançant de sa place, elle fut prendre le violon des mains de M. Chazote; et son altesse royale se mit à jouer la contredanse tout entière avec une précision, une mesure et même un goût dont les danseurs furent reconnaissants et tout émerveillés, car la plupart d'entre eux ignoraient tout-à-fait que madame Adélaïde jouât du violon ; et, à vrai dire, c'est un talent de princesse et de femme, que peu de princesses et de femmes se mettent dans l'esprit d'apprendre. Il paraît que madame Adélaïde s'amusait autant à faire aller son archet que les danseurs à le suivre: car, aussitôt qu'elle eut fini la contredanse qu'elle avait enlevée au pauvre M. Chazote à qui elle disait: « Allez danser! allez danser! » elle se mit à accorder l'instrument ainsi que font les ménétriers dans les entre-deux de contredanses, et puis dit : « A vos places! »"
(extrait de "Mémoires de Madame la Duchesse d'ABRANTES ou Souvenirs historiques sur Napoléon - Tome Quatrième / 1831)


Cette aisance avec l'instrument et l'archet serait dû à l'apprentissage de Jean-Pierre GUIGNON, "Royal Maitre des Ménétriers".

BNF / Gallica
Jean-Pierre GUIGNON, né Giovanni Pietro Ghignone le 10 février 1702 à Turin, mort le 30 janvier 1774 à Versailles - était un compositeur et violoniste franco-italien.
Disciple de Giovanni Battista Somis, il donne sa première à Paris en 1725. Il devient musicien de la chapelle du prince de Savoie-Carignan en 1730, poste qu'il conserve une vingtaine d'années. Dans le même temps, il se fait admirer par la reine et entre également en 1733 à la chapelle royale, où il reste jusqu'à sa pension en 1762.

Ses mérites comme violoniste lui valent le surnom de « Roy des violonistes » c'est-à-dire directeur de la Ménestrandise, titre alors en déshérence et qui sera supprimé après lui. Les représentations de ses propres concertos et celles du maitre vénitien Antonio Vivaldi au Concert Spirituel sont accueillies avec beaucoup de succès. (Portrait ci-contre appartenant à Jean-Baptiste CARTIER)

Au château de Versailles, comme chez Madame Victoire, le grand cabinet de Madame Adélaïde faisait office de salon de musique : l’orgue placé au fond de la niche a peut-être appartenu à celle-ci ; il figure parmi les trois orgues commandés au facteur d’orgues Nicolas Sommer en 1747 et destinés au Dauphin, à la Dauphine et à Madame Adélaïde. Le chiffre MA révélé par une récente restauration pousse à y reconnaître celui de la fille de Louis XV.
Le violon de GAGLIANO portant des fleurs de lys fait également
présumer qu’il a appartenu à Madame Adélaïde. L'archet qui, lui aussi, est orné d' une incrustation en forme de lys est attribué à Nicolas Léonard TOURTE...


(Sources : Château de Versailles - Ville de Versailles - Wikipédia - Google livres - Google maps - BNF/Gallica - Stéphanie PAULET - recherches internes)

Aucun commentaire: