mercredi 28 mai 2014

L 'oeil de l'archetier : une perception visuelle évolutive

Les artisans de plus de 45 ans doivent s’y résoudre avec regret : passé cet âge, il n’est en général plus possible de travailler confortablement de près sur leurs ouvrages sans correction visuelle.
On appelle cela la presbytie. Tout le monde est un jour destiné à connaître cet inconfort, car la presbytie n’est pas une maladie : c’est un vieillissement normal de l’œil et de ses composants.
L'acuité visuelle moyenne change en fonction de l'âge. Elle commence aux alentours de 1/20e à la naissance pour atteindre 10/10e à 5 ans et son maximum à l'adolescence avec des valeurs parfois supérieures à 15/10e. Puis elle décline avec l'âge pour atteindre des valeurs proches de 5/10e après 80 ans.
Ainsi, à 45 ans, on est généralement incapable de voir distinctement à moins de 30 cm, et cette distance passe à un mètre à l’âge de 60 ans. Ce déclin progressif est d’autant plus rapide que l’on évolue dans un environnement qui exige beaucoup d’activité visuelle (lecture, écriture, écrans, travail de précision…).

Portrait post-mortem
de Richard WAGNER
En archèterie, un changement radical dans le style de travail de l'archetier (après 40 ans) correspond souvent à ce déclin de la vision.
Soit par une recherche de lumière lui procurant un éclairage différent, soit par le port de correcteurs de vision (lunettes), soit par les deux, son travail évolue en fonction de son acuité visuelle.

C’est Robert HOOKE (1635 – 1703) qui parla en premier d’acuité visuelle. Sa définition faisait référence au pouvoir de discrimination et à l’identification des formes. L'acuité visuelle est donc une notion discriminative.
Ces notions étaient déjà abordées dans la Marine au 19ème siècle. On demandait aux futurs capitaines marins de regarder dans le ciel, par temps clair, et ils devaient, pour être recrutés, discriminer deux étoiles situées très près l’une de l’autre. Si ils n’en voyaient qu’une, ils étaient recalés...
Au début de ce même 19e siècle, les ophtalmologistes hollandais Franz DONDERS (1818-1889) et Hermann SNELLEN (1834-1908) avaient mis au point des tests subjectifs de mesure de l’acuité visuelle en constatant que, pour un œil normal, l’acuité visuelle normale correspondait à la capacité de cet organe à lire des optotypes, ou lettres de l’alphabet.

©musée de la lunette, Morez-France,
coll. Essilor - Pierre Marly / Studio Vision
Il n’existe aucun moyen de prévenir la presbytie car elle est inéluctable. Après une évolution progressive, elle se stabilise vers 65 ans. Le presbyte doit donc changer ses lunettes tous les 2 ou 3 ans, offrant ainsi l’opportunité de dépister précocement une autre affection oculaire, comme la cataracte ou le glaucome...

L'histoire des lunettes de correction débute sous l'antiquité et se démocratise sous le 19eme siècle.


Une question reste posée : mais où sont donc passées les bésicles (ou binocles ou encore pinces-nez) de François Xavier TOURTE (décédé en 1835 à 88 ans) ?

 (Sources : Wikipédia - Google livres - afpssu - Passeport Santé - Larousse - Musée de la Lunette / Morez - Recherches et documents Atelier Sandrine RAFFIN - Archetiers)

 
 
 
 

 

 

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