mercredi 11 février 2015

Quand l'archet ne valait pas un sou...

Il aura fallu attendre le 19eme siècle pour que les archets prennent de la valeur, sous l'impulsion des marchands de musique, des premières salles de ventes aux enchères et surtout de l'augmentation du coût des matières premières et des salaires.

Considéré comme un vulgaire accessoire sous l'Ancien Régime, l'archet ne coute alors que dix deniers soit deux euros (en valeur relative considérant qu'un denier correspond à 1/12 de sou, qu'un sou correspond à 1/20 de livre et que la livre (240 deniers) corresponde à 50,00 EUR actuel)

Petit rappel sur les monnaies au XVIIIe siècle :

    Livre (ou franc) = 20 sous
    Sou = 12 deniers
    Ecu d’argent = 3 livres
    Ecu d’or = 6 livres
    Louis d’or = 24 livres


La livre ou franc n’est qu’une monnaie de compte. Les pièces en circulation (billon ou monnaie de cuivre) sont le sou, le denier et le liard : 1 liard = 1/4 de sou = 3 deniers.

La pistole, pièce d’or espagnole ou italienne, est employée parfois comme monnaie de compte (dix livres).

La monnaie de papier est composée par les multiples rentes, obligations, titres d'emprunt qui circulent dans le royaume. Pour le commerce international, on utilise alors des lettres de change.


Quelques exemples en vrac sur le blog "La femme des Lumières":

    Un ouvrier non qualifié à Paris à la fin du XVIIe siècle gagne 15 sous. A quelques sous (ou sols) près, le salaire n’évoluera pas au siècle suivant. Selon l’ingénieur agronome et voyageur impénitent Arthur Young (Voyages en France pendant les années 1787, 1788, 1789), un ouvrier gagne en gros 19 sols. Les prix s’abaissent quand ils sont nourris car la nourriture représente à elle seule au moins les 2/3 du salaire, quand elle n’est pas tout le salaire ou à peu près. Les prix flamberont durant les terribles hivers 1783-1784 et 1788-1789.

   

Le salaire d’une famille d’artisans de 4 enfants serait, dans l’idéal, de 43 sols (père 15, mère 8, chaque enfant 5) mais la vie quotidienne reste chère. Reprenons l’exemple de cette famille idéale : 10 sols de pain, 18 harengs à 9 sols, une livre de fromage de 5 sols, et 4 pintes de cidre à 12 sols = 36 sols. Restent 7 sols…  Sans parler des impôts (gabelle et capitation), des vêtements et maladies. Notons la variation incessante du prix des choses, les soubresauts du marché alimentaire par suite de la disette et l’impossibilité de sortir d’une condition précaire : si l’on parvient à faire des économies une année, une année de cherté survient.

    - 500 grammes de café en grains reviennent à 80 livres, soit 4 000 euros environ.


    - La tasse de café revient à deux sous et demi, soit un peu plus de 6 euros.


    - Une livre de viande coûte le double.

    Au début du XVIIIe siècle, une bouteille de champagne peut atteindre 8 livres, soit 400 euros. A la même époque, la consommation quotidienne de vin pour les 35 ou 40 domestiques d’une grande maison se monte à 6 livres, sachant que certains domestiques consomment jusqu’à 3 bouteilles par jour…

    - au début du siècle, les ouvriers de campagne gagnent de 7 à 8 sols par jour (selon Le Détail de la France de Boisguillebert, le double en période de récolte).

    - en 1710, une brodeuse gagne 20 sols, un maître maçon 30.

    - en gros, les ouvriers gagnent de 10 à 14 sols.

    - selon Arthur Young (Voyages en France pendant les années 87, 88, 89), un ouvrier gagne en gros 19 sols. Les prix s’abaissent quand ils sont nourris car la nourriture représente à elle seule au moins les 2/3 du salaire, quand elle n'est pas tout le salaire ou à peu près.

    - notons qu'au XVIIIe siècle, les prix ont suivi une progression très lente, sauf sous le règne de Louis XVI.

    - un domestique gagne 50 livres (ou francs) par an.

    - hospices : la supérieure des sœurs gagne 100 livres, les autres 40 ou moins.

    - un maître d’école gagne 150 livres.

    - le traitements des profs de collège est moins dérisoires : 1000 livres.

    - 10 sous pour abattre un arbre, 1 sou pour les décrotteurs, 4 pour les perruquiers.

    - les locations sont peu chères : une chambre pour un écolier - étudiant - coûte 10 livres par an, une cuisine+cour+chambre 8 livres et une maison avec jardin 55 livres.

    - en avril 1763, on peut lire dans le Journal des Annonces de Rouen :  « Elle [une maison] consiste en une cave, cuisine, écurie pour quatre chevaux, deux remises, un bûcher au rez-de-chaussée ; au premier une grande antichambre servant de salle à manger, un cabinet d’assemblée ayant deux grande croisées en espagnolettes, une chambre à coucher et un cabinet de toilette avec cheminée ; au second une grande chambre à cheminée, un garde-meubles où on pourrait pratiquer des chambres, une petite chambre à cheminée et des greniers dessus avec un bel escalier à rampe de fer sans communauté. Le prix de cet appartement est de 350 livres. »


(Sources: Wikipédia - Google Livres - Gallica / BnF - La femme des Lumières - Atelier Sandrine RAFFIN - Archetiers)

2 commentaires:

Matthieu a dit…

Merci pour cet article qui nous remet un peu les pendules à l'heure. Il est aussi très utile pour connaitre certains paramètres négligés pour l'interprétation d'époque des œuvres anciennes car connaitre le mode de vie des musiciens et des fabricants d'instruments est précieux pour comprendre la musique d'une autre société.

Atelier Sandrine RAFFIN - Archetiers a dit…

Pour comprendre le présent, il faut souvent se replacer dans le contexte du passé. L'Histoire ne se ré-écrit pas au gré des "marchands de savoir", elle s'étudie...