mercredi 7 octobre 2015

Histoire de l'archèterie, en parallèle : le Stradivox

Document de la maison Laberte
www.luthiers-mirecourt.com
En 1887, une invention révolutionnaire ne va pas faire plaisir aux luthiers et archetiers français : le disque phonographique !
La galette de métal, de cire, de laque ou, bien plus tard, de vinyle, va avoir une incidence toute particulière sur l'économie artistique.
En cette fin de 19e siècle, les kiosques municipaux proposent tous les dimanches des œuvres interprétées en public, attirant une foule de curieux ou de mélomanes avertis. Les salles de spectacles résonnent des concerts donnés par des orchestres aux formations de musiciens parfois impressionnantes.
Les grands solistes parcourent les routes européennes pour se faire entendre. Leur notoriété les précède et les spectateurs se déplacent en nombre pour venir les applaudir.

Mais, petit à petit, le support microsillon, aux 78 tours par minute, va apporter une forme de culture musicale dans les foyers. Pour quelques centimes ou quelques francs de disques gravés, tout un orchestre "joue" dans le salon ou la salle à manger. Ainsi, les concerts en public du dimanche après-midi se raréfient et deviennent aléatoires et le nombre de musiciens amateurs ou semi-professionnels en diminue d'autant. En parallèle, l'invention du film "parlant" va également contribuer à  cette diminution, les orchestres de cinéma disparaissant un à un. Les deux innovations vont impacter durablement toute le chaine des métiers liés à la musique...

Cette raréfaction d'artistes n'est pas sans inquiéter luthiers et archetiers. Les commandes d'instruments et d'archets vont en diminuant. Alors que la "Grande Guerre" (1914 - 1918) vient tout juste de se terminer, la crise économique s'installe. A Mirecourt (88 - Vosges), chez Laberte et Magnié, on l'a bien compris. Les stocks de bois accumulés et destinés à la lutherie et à l'archèterie restent presque intacts.
Alors que faire de tous ces matériaux ?

"Pour lutter contre le chômage, achetez des marques françaises"

Document de la maison Laberte
www.luthiers-mirecourt.com


En 1931, les ateliers mirecurtiens, fondés en 1780, présente un appareil au nom évocateur : le "Stradivox" et n'hésite pas à communiquer sur le thème du "acheter français". Sorte de gramophone de luxe, le "Stradivox" emprunte son nom à Stradivarius et ses bois aux meilleurs des stocks de l'entreprise (souvent de l'érable ondé).
Fabriqués selon des procédés propres à la lutherie, les luxuriants "appareils tourne-disques" attirent une clientèle aisée qui va également, sans vraiment le savoir, participer au déclin de la fabrication d'instruments à corde et de ses archets (nota: la fabrication artisanale de  ces derniers est très exigeante en compétence de savoir-faire et peu rémunératrice. Beaucoup d'archetiers tentent alors de se reconvertir...).

Aucun des gramophones "Stradivox" n’est un appareil de série. Le caractère unique, totalement fabriqué par le même artisan et paraphé de la main de M. Magnié, est un gage de grande qualité qui, de nos jours, fait de l'objet une oeuvre originale et recherchée.

Bien qu'exporté à l'étranger, le "Stradivox" ne sera produit qu'à très (trop) peu d'exemplaires et finira pièce de collections ou de musées.

Aujourd'hui, même si lutherie et archèterie françaises sont devenus métiers d'art, la mondialisation a pour effet d'ajouter une énième crise dans ces métiers d'excellence. A suivre...

(Sources: Wikipédia - Luthiers-Mirecourt.com - Portable-Gramophone.com - Hélène Claudot-Hawad - Archives-Ouvertes.fr)


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