mercredi 24 février 2016

Antoine VIDAL : l'archet, un peu d'histoire

Louis-Antoine VIDAL, né à Rouen en 1820 est un historien de la musique, membre de la société de l'histoire de Paris et de l'Ile de France et excellent violoncelliste amateur.

Dans son ouvrage de 1889 intitulé "La lutherie et les luthiers" (Ed. Quantin, 347 pages), Vidal écrit ceci :

Collections du Musée de la Musique - Paris
"«... Ainsi se trouve formulée la théorie rigoureuse de l'archet de violon. Par un procédé graphique analogue, on déterminera sans peine les proportions décroissantes de l'archet de l'alto et de celui du violoncelle. » J.-B. Vuillaume, dans ses travaux sur l'archet, ne s'est pas borné à l'étude de Tourte ; chercheur infatigable, il lui est dû, dans ce genre, de véritables inventions, qui, toutes, ont fait sensation quand elles se s ont produites : l'une des plus importantes fut celle des archets en métal qu'il commença à fabriquer en 1834. Pendant plus de dix années, cinq cents de ces archets environ sortirent annuellement de ses ateliers et eurent parmi les artistes et les amateurs un succès qui ne cessa que le jour où l'ouvrier qu'il avait formé et qui travaillait sous sa direction vint à lui manquer. La difficulté de se procurer de bons bois de Fernambouc avait suggéré à Vuillaume cette idée nouvelle. Les essais furent nombreux avant d'obtenir la perfection voulue : il fallait arriver à donner à un tube creux en acier la cambrure, l'élasticité et en même temps la vigueur nécessaires. A force de patience et d'études, ces résultats furent obtenus, et on vit des artistes tels que de Bériot, Artot et autres se servir des archets en métal, qui se vendaient vingt-cinq francs comme ceux en bois. (Le musée instrumental du Conservatoire de Paris possède un archet en métal de J.-B. Vuillaume. N° 46 du catalogue.)

A côté de cette invention, on peut placer celle des archets à hausse fixe. Voici l'exposé de ce système nouveau fait par Vuillaume lui-même :


« Les archets des instruments à cordes, tels qu'on les a construits jusqu'aujourd'hui, présentent deux graves inconvénients reconnus tels par tous les artistes : le premier provient de la difficulté qu'on éprouve à disposer les crins de manière qu'ils forment une espèce de ruban parfaitement plan dans toute sa longueur ; on sait qu'en effet il est assez rare de rencontrer des archets dont les crins soient convenablement disposés ; le second inconvénient consiste en ce que la hausse à laquelle se trouve fixée l'une des extrémités de la mèche de crins changeant continuellement de position, la longueur des crins est nécessairement variable ; par conséquent, l'artiste, qui doit toujours tenir le pouce près de la hausse (« Placez le pouce contre la hausse de manière qu'il la touche un peu à son extrémité inférieure, saris toutefois le faire entrer dans l'échancrure. » (Baillot, L’Art du violon, p. 12.)), le place à des distances différentes de la tête même de l'archet, ce qui fait varier la longueur et par suite le poids de cette partie de la baguette, et suffit pour altérer l'extrême sensibilité de tact qui se transmet en quelque sorte de la main de l'artiste à l'extrémité de l'archet.

« Pour remédier à ces deux inconvénients, il fallait, d'une part, trouver un moyen moins vicieux de fixer les crins ; de l'autre, il fallait faire en sorte que la hausse pût être rendue immobile. Je pense avoir atteint ce double résultat.

« La hausse, qui, est en ébène comme à l'ordinaire, est évidée à l'intérieur et invariablement fixée à la baguette ; la mèche s'attache à une espèce de hausse intérieure qui est en cuivre et qui est mise en mouvement, comme dans l'archet ordinaire, au moyen d'une vis de rappel fixée au bouton.

« Comme on le voit, la hausse intérieure peut s'avancer et se reculer de toute la quantité convenable, sans que la portion de crins comprise entre la tête et la hausse extérieure éprouve la moindre variation. Les mèches sont formées de crins disposés avec soin parallèlement les uns à côté des autres, uniformément tendus et fixés solidement à chacune de leurs extrémités dans une sorte de pince cylindrique.



« La hausse intérieure et la tête de l'archet sont, percées de part en part pour recevoir ces petites pinces de manière que l'artiste lui-même peut placer la mèche de son archet avec la plus grande facilité, et par conséquent la renouveler quand il le désire. »

Ces archets à hausse fixe pour violon, alto ou violoncelle se vendaient vingt-cinq francs, comme ceux en bois de Fernambouc, ou en acier.

Le seul contemporain de François Tourte, étranger à la France, qui ait acquis en Europe une réputation méritée comme faiseur d'archets est le fameux John Dodd, qui est appelé en Angleterre le Tourte anglais. Ses archets sont, en effet, très remarquables par le magnifique choix du bois et leur belle facturé, mais ils ont souvent un défaut : ils sont trop courts (« The best bows of this maker are highly esteemed, and partake of all the excellencies of those of Tourte. Some of them, however, are rather short which is perhaps their only defect. » (Pearce, Violins and violin makers, London, 1866.))

Je dois à l'obligeance de M. le docteur Sellé, de Richmond, qui a connu J. Dodd pendant quarante ans, quelques notes biographiques sur le maître, qu'on me saura gré de traduire ici fidèlement . « J'ai d'abord connu John Dodd à Kew, lorsque j'avais douze ans. A cette époque, il me fit un archet de violon remarquable par sa longueur et son élégance. Il était patronné par un éminent professeur de cette ville, M. Richard Platt : ce gentleman et moi avons beaucoup contribué à le soutenir, non seulement en lui achetant ses archets, mais encore en lui venant en aide, lorsqu'il manquait des communes nécessités de la vie..."


(Sources: Wikipedia, Atelier Sandrine Raffin - Archetiers, Antoine Vidal (postum), Google search)

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