mercredi 4 mai 2016

Cécité, musique et archet...

Violoniste aveugle - Hongrie - 1921
En cherchant un lien de cause à effet dans l'installation de certains facteurs d'instruments sous la protection des "Quinze-Vingts" au cours du 18eme siècle, nous avons découvert cette réponse dans un échange sur la question "Et les aveugles, peuvent-ils jouer de la musique ?" (sur le forum Santé/Audition d'Audiofanzine - 2010) :

"Mon père était pratiquement aveugle et par conséquent s'est retrouvé à l'institut des jeunes aveugles à Paris où il a consolidé sa pratique de la musique. Organiste de formation il pratiquait également la guitare, le violon, la contrebasse et le violoncelle à la fin.

Pour apprendre de nouvelles pièces il les déchiffrait en braille.
"
(le-blob)

Dans le magazine français "Le Magasin pittoresque" de 1837 (Cinquieme année - Edouard Charton) on y trouve ceci :

"Cependant le désir d'affranchir les aveugles de la nécessité d'avoir recours aux clairvoyants pour lire la musique, a fait chercher divers systèmes de notation. L'un des plus singuliers sans doute est celui dont parle Guillié dans son Essai sur l'instruction des aveugles. Il avail été inventé, à son usage, par un aveugle habile sur le violon, et qu'il eut l'occasion de voir à Bordeaux. « Cet aveugle, dit Guillié, représentait les mesures par des moules de boulons, la valeur des notes par des morceaux de liège plus ou moins épais, une ronde par un anneau, une noire par une pièce de monnaie , les silences par des lanières de cuir dentelées, etc., etc. Nous ne nous rappelons pas la série confuse de tous les signes qu'il reconnaissait pourtant assez bien ; mais nous ne pûmes retenir nos rires lorsque nous ayant parlé du deuxième concerto de Jarnowick qu'il jouait alors, il alla chercher dans une armoire une espèce de chapelet long de sept ou huit toises, formé des objets dont nous avons parlé, qu'il nous dit être ce concerto; et sur lequel il nous fit distinguer les passages les plus difficiles. Il avait plusieurs armoires remplies de cette singulière musique."

Moins flatteur mais tout aussi intéressant l'article metronimo.com consacré à l'argot musical "Musique de Quinze-Vingts". Si sa définition reste très "populaire" (Musique médiocre comme en exécutent les aveugles nomades.) il faut retenir ce passage :

"Jusqu'au XVIIe siècle, les aveugles continuèrent à moudre de la chifonie. L'orgue de Barberi et l'accordéon étaient encore à naître. Bientôt le gagne-pain des pauvres, la vielle eut ses entrées dans les palais, et, grâce à La Roze et à Janot, la terreur des cours devint la joie de la cour.

Le violon étant tombé en discrédit parmi les gens du bel air, les aveugles s'en emparèrent.

Au XVIIIe siècle, on organisa des concerts d'aveugles, mais l'exécution charivarique de ces orchestres et les costumes burlesques dont on revêtait les pauvres symphonistes étaient plutôt du domaine de la parade et faisaient la risée de l'auditoire.

Une curieuse estampe du temps, reproduite par le magasin pittoresque de 1878, représente un « grand concert extraordinaire exécuté par un détachement des Quinze-vingts au caffé des aveugles (sic) à la foire Saint-Ovide, au mois de septembre 1771. » L'orchestre de ce concert est composé de neuf exécutants jouant des instruments à cordes et à archet. Ils sont affublés de bonnets pointus et, comme pour railler de leur infirmité, quelques-uns des violons portent des lunettes et d'autres s'efforcent en grimaçant de déchiffrer leur musique posée à l'envers devant leurs yeux morts.
"

A toutes celles et tous ceux, privés de vue et qui souhaitent démontrer qu'être un musicien à cordes, aveugle, c'est possible, il faut alors se rapprocher de l'INJA, Institut National des Jeunes Aveugles et de sa section d 'apprentissage de la musique...


A lire : "César aveugle et voyageurJean-Antoine GUER (1740)
 
(Sources : Google Livres - INJA - metronimo.com - Réunion des Musées Nationaux)

Aucun commentaire: